{"id":12805,"date":"2022-02-08T21:48:36","date_gmt":"2022-02-08T21:48:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/?p=12805"},"modified":"2022-02-09T00:37:35","modified_gmt":"2022-02-09T00:37:35","slug":"la-guerre-qui-ne-dit-pas-son-nom","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/2022\/02\/08\/la-guerre-qui-ne-dit-pas-son-nom\/","title":{"rendered":"La guerre qui ne dit pas son nom"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\"><em>Pr&eacute;sentation du <\/em><a href=\"https:\/\/press.princeton.edu\/books\/hardcover\/9780691194080\/the-war-that-doesnt-say-its-name\"><em><strong>nouveau livre de Jason K. Stearns<\/strong><\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-core-image-block\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:0px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\"><img decoding=\"async\" src=\"data:image\/gif;base64,R0lGODlhAQABAAAAACH5BAEKAAEALAAAAAABAAEAAAICTAEAOw==\" alt=\"\" class=\"wp-image-12808 lazyload is-lazyload u-img-fluid blurs-media-img\" data-src=\"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/9780691194080.jpg-1-e1644263428662.webp\" data-srcset=\"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/9780691194080.jpg-1-e1644263428662.webp\"><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\"><br><strong>En 2018, une &eacute;pid&eacute;mie d&rsquo;Ebola a &eacute;clat&eacute; dans le nord-est de la R&eacute;publique d&eacute;mocratique du Congo. La panique s&rsquo;est rapidement propag&eacute;e : <\/strong><a href=\"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/2021\/08\/05\/rapport-rebelles-medecins-et-marchands-de-violence-comment-la-lutte-contre-ebola-est-devenue-une-partie-du-conflit-dans-lest-de-la-rdc\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>c&rsquo;&eacute;tait la premi&egrave;re fois mondialement que la fi&egrave;vre h&eacute;morragique &eacute;clatait dans une zone de conflit actif<\/strong>.&nbsp;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">S<strong>oucieuse de ne pas r&eacute;p&eacute;ter la lenteur des r&eacute;ponses pr&eacute;c&eacute;dentes, la communaut&eacute; humanitaire a adopt&eacute; ce qu&rsquo;un haut responsable de l&rsquo;OMS a appel&eacute; &laquo; une approche sans regrets &raquo; : elle a inject&eacute; 738 millions de dollars autour de la ville de Beni au cours des 20 mois suivants. Afin de prot&eacute;ger son propre personnel et de mettre en &oelig;uvre des mesures de sant&eacute; publique, la &laquo; Riposte &raquo; humanitaire a commenc&eacute; &agrave; payer entre 1 000 et 2 000 membres de l&rsquo;arm&eacute;e nationale, de la police et des responsables du renseignement, ainsi que des membres de plusieurs groupes arm&eacute;s locaux. Cela a cr&eacute;&eacute; des incitations perverses : la violence arm&eacute;e est devenue un moyen pour les bellig&eacute;rants d&rsquo;extraire des ressources de l&rsquo;&Eacute;tat et des bailleurs. Pour certains responsables de l&rsquo;&Eacute;tat, la Riposte &agrave; Ebola, &agrave; son tour, &eacute;tait un moyen de r&eacute;compenser leurs fid&egrave;les et alli&eacute;s. La violence est devenue un syst&egrave;me dans lequel tous les acteurs susmentionn&eacute;s &ndash; donateurs, repr&eacute;sentants de l&rsquo;&Eacute;tat, groupes arm&eacute;s &ndash; sont complices sous diff&eacute;rentes formes.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">****<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Dans mon nouveau livre, <em>La guerre qui ne dit pas son nom : le conflit sans fin au Congo<\/em>, j&rsquo;essaie de comprendre pourquoi le conflit arm&eacute; a persist&eacute; au Congo malgr&eacute; un accord de paix global, des milliards de dollars d&rsquo;aide internationale, une arm&eacute;e nationale de 130 000 hommes oppos&eacute;e &agrave; des groupes rebelles h&eacute;t&eacute;roclites et la plus grande op&eacute;ration de maintien de la paix des Nations unies au monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Cet aper&ccedil;u de la r&eacute;ponse &agrave; l&rsquo;Ebola est embl&eacute;matique de dynamiques plus larges. Au cours des vingt-cinq derni&egrave;res ann&eacute;es de combats, alors que beaucoup ont souffert du conflit, une mince classe de commandants et de politiciens pour qui le conflit est devenu une source de survie et de profit a &eacute;merg&eacute;. Ces protagonistes n&rsquo;ont eu que peu d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t &agrave; mettre un terme &agrave; un conflit qui &eacute;tait p&eacute;riph&eacute;rique pour le gouvernement mais qui, pour de nombreux combattants, &eacute;tait devenu un gagne-pain. Le conflit &eacute;tait devenu une fin en soi, le combat &eacute;tant port&eacute; par son propre &eacute;lan. Pendant ce temps, les donateurs &eacute;trangers et les diplomates ont fourni de la nourriture et des soins de sant&eacute; urgents &agrave; des millions de personnes dans le besoin, emp&ecirc;chant l&rsquo;&Eacute;tat congolais de s&rsquo;effondrer, mais n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; en mesure de provoquer un changement transformationnel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Les Congolais ont d&eacute;velopp&eacute; leurs propres moyens, souvent pleins d&rsquo;esprit, pour exprimer ce triste &eacute;tat de choses. &laquo; No Nkunda No Job &raquo; &eacute;tait un dicton populaire &agrave; Goma vers 2008, faisant r&eacute;f&eacute;rence au principal commandant rebelle et sugg&eacute;rant que la violence &eacute;tait devenue une source d&rsquo;emploi pour les travailleurs humanitaires &eacute;trangers et les milices locales ; en 2018, c&rsquo;&eacute;tait alors &laquo; Ebola busines &raquo;. L&rsquo;auteur congolais In Koli Jean Bofane explore cette culture des antivaleurs dans son roman <em>Math&eacute;matiques congolaises.<\/em> Le protagoniste, un savant en math&eacute;matiques, utilise ses comp&eacute;tences pour d&eacute;couvrir la logique cach&eacute;e de la politique congolaise. Ayant grandi dans la pauvret&eacute;, il met sa cr&eacute;ativit&eacute; au service d&rsquo;un puissant ministre du gouvernement, pour d&eacute;couvrir que son patron organisait des manifestations sous fausse banni&egrave;re afin de manipuler l&rsquo;opinion publique et de r&eacute;primer ses opposants. L&rsquo;excentrique pop star congolaise Koffi Olomide l&rsquo;a dit autrement, faisant allusion &agrave; la propension &agrave; faire de l&rsquo;adversit&eacute; une source de profit, voire de plaisir : &laquo; Oyo eza syst&egrave;me ya lifelo&mdash;moto ezopela kasi tozo zika te &raquo; (Nous vivons dans le syst&egrave;me de l&rsquo;enfer&mdash; partout le feu fait rage, mais on ne se br&ucirc;le pas).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">C&rsquo;est quoi ce <em>syst&egrave;me ya lifelo<\/em>, ce syst&egrave;me d&rsquo;enfer ? Comment est-ce arriv&eacute; ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">****<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Il ne devait pas en &ecirc;tre ainsi. Il est difficile de s&rsquo;en souvenir maintenant, mais le processus de paix qui a abouti &agrave; l&rsquo;accord de paix de 2002, l&rsquo;Accord global et inclusif, a r&eacute;unifi&eacute; le pays apr&egrave;s cinq ans de guerre brutale et a forg&eacute; un gouvernement de transition. Une nouvelle Constitution a &eacute;t&eacute; promulgu&eacute;e, consacrant les droits des citoyens comme jamais auparavant, cr&eacute;ant des institutions d&eacute;mocratiques et d&eacute;centralisant le pouvoir vers les provinces, inaugurant la troisi&egrave;me&nbsp; R&eacute;publique du Congo. Le processus de paix a encourag&eacute; &agrave; la fois les donateurs et les investisseurs &agrave; ouvrir leur portefeuille ; la Banque mondiale et le FMI, souvent consid&eacute;r&eacute;s comme des indicateurs de la stabilit&eacute; financi&egrave;re et de l&rsquo;acceptabilit&eacute; politique, ont lanc&eacute; de nouveaux programmes de pr&ecirc;ts et de dons en 2001 et 2002, respectivement. D&rsquo;autres donateurs ont embo&icirc;t&eacute; le pas, ainsi que des investisseurs priv&eacute;s, faisant presque tripler les revenus de l&rsquo;&Eacute;tat central en quelques ann&eacute;es seulement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Ces changements ont eu un impact r&eacute;el sur la vie de millions de Congolais. En 2006, le nombre de d&eacute;plac&eacute;s internes au Congo &eacute;tait tomb&eacute; &agrave; 1,2 million, soit un tiers de ce qu&rsquo;il &eacute;tait &agrave; peine trois ans plus t&ocirc;t. 130 000 soldats, dont 30 000 enfants, avaient &eacute;t&eacute; d&eacute;mobilis&eacute;s. Seule une douzaine de groupes arm&eacute;s congolais importants sont rest&eacute;s actifs, regroup&eacute;s dans les territoires de Fizi, Uvira et Lubero, dans l&rsquo;est du Congo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Mais apr&egrave;s 2006, ces tendances se sont invers&eacute;es &ndash; aujourd&rsquo;hui, il y a plus de 120 groupes arm&eacute;s et environ 5,5 millions de personnes d&eacute;plac&eacute;es, plus que jamais auparavant. Le principal d&eacute;fi de la transition est venu d&rsquo;une petite &eacute;lite militaire soutenue par le gouvernement rwandais, qui a contest&eacute; le nouvel ordre. Au cours des ann&eacute;es suivantes, d&rsquo;abord les ex-rebelles du RCD, puis les Ma&iuml;-Ma&iuml;, ont lanc&eacute; une s&eacute;rie d&rsquo;insurrections et de contre-insurrections dans l&rsquo;est du pays, d&eacute;clenchant un cercle vicieux de violence. Les groupes arm&eacute;s ont prolif&eacute;r&eacute; &ndash; en partie &agrave; cause de l&rsquo;&eacute;chec de la r&eacute;forme arm&eacute;e, engendrant une vague de d&eacute;fections d&rsquo;officiers de l&rsquo;arm&eacute;e qui ont foment&eacute; des r&eacute;bellions ; en partie &agrave; cause de la pauvret&eacute; et des contestations locales sur l&rsquo;identit&eacute; et la terre dans les hautes terres de l&rsquo;Est.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Cependant &ndash; et c&rsquo;est l&rsquo;un des points cl&eacute;s &ndash; le conflit serait probablement rest&eacute; beaucoup plus confin&eacute; et beaucoup moins meurtrier sans l&rsquo;implication des gouvernements congolais et rwandais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Le gouvernement rwandais a &eacute;t&eacute; le premier &agrave; agir, provoquant une crise presque avant m&ecirc;me que le gouvernement de transition n&rsquo;ait commenc&eacute;. Dans mon livre, je retrace comment Kigali a fait pression sur les officiers du RCD &ndash; Hutu et Tutsi &ndash; pour qu&rsquo;ils s&rsquo;abstiennent de rejoindre le nouveau gouvernement et lancent une nouvelle r&eacute;bellion, le CNDP. Puis, apr&egrave;s l&rsquo;int&eacute;gration du CNDP dans l&rsquo;arm&eacute;e congolaise en 2009, le gouvernement rwandais a soutenu une autre r&eacute;bellion, le M23, lorsque ses int&eacute;r&ecirc;ts ont &eacute;t&eacute; menac&eacute;s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Mais quels &eacute;taient ces int&eacute;r&ecirc;ts ? Cette question est au c&oelig;ur de mon livre, car trop souvent les analystes et les d&eacute;cideurs politiques ont suppos&eacute;, et non scrut&eacute;, les int&eacute;r&ecirc;ts des principaux bellig&eacute;rants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">&laquo; Le gouvernement rwandais n&rsquo;a aucun int&eacute;r&ecirc;t &agrave; soutenir le CNDP. Il veut un Congo oriental stable &raquo;, m&rsquo;a soutenu un haut diplomate britannique en 2008 alors que je pr&eacute;sentais la preuve de ce type exact de soutien &agrave; un groupe de diplomates &agrave; Kigali. Il n&rsquo;est pas difficile de voir pourquoi le gouvernement rwandais voudrait, en th&eacute;orie, un Congo stable. Le Congo est le plus grand march&eacute; d&rsquo;exportation du Rwanda, consommant plus de 30 % des biens produits au Rwanda, selon une base de donn&eacute;es de la Banque mondiale. La stabilit&eacute; au Congo pourrait entra&icirc;ner la croissance de ce march&eacute; et attirer des investissements &eacute;trangers dans les secteurs minier et autres, ce qui, &agrave; son tour, stimulerait presque certainement la croissance au Rwanda.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Et pourtant, le Rwanda avait continu&eacute; d&rsquo;intervenir et de d&eacute;stabiliser l&rsquo;est du Congo. Comment a-t-il compris ses int&eacute;r&ecirc;ts ? J&rsquo;essaie de d&eacute;mystifier deux th&eacute;ories : celle de la solidarit&eacute; ethnique et celle du profit &eacute;conomique. Oui, le Rwanda a fait fortune gr&acirc;ce &agrave; la contrebande et au racket dans l&rsquo;est du Congo &ndash; les donn&eacute;es sont facilement disponibles et je les passe en revue dans le livre. Mais ni le CNDP ni le M23 n&rsquo;y ont vraiment contribu&eacute; ; en fait, les exportations rwandaises de minerais congolais sont mont&eacute;es en fl&egrave;che au cours des ann&eacute;es suivant son retrait de l&rsquo;est du Congo apr&egrave;s la d&eacute;faite du M23 en 2013. L&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re, le Rwanda a export&eacute; 732 millions de dollars d&rsquo;or, dont la majeure partie provient probablement du Congo, soit dix fois plus que le caf&eacute; ou le th&eacute; et de loin sa plus grande exportation. En 2013, il n&rsquo;y avait presque pas d&rsquo;exportations d&rsquo;or. Des tendances similaires s&rsquo;observent avec l&rsquo;&eacute;tain et le tantalum.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Alternativement, les diplomates et les experts affirment souvent que le Rwanda est intervenu au Congo par solidarit&eacute; avec les Tutsi l&agrave;-bas. Cela contredit des dizaines d&rsquo;entretiens que j&rsquo;ai men&eacute;s avec des soldats tutsi congolais et des dirigeants communautaires, dont beaucoup se sont sentis trahis et manipul&eacute;s par le Rwanda. Un ancien officier du CNDP a d&eacute;plor&eacute; : &laquo; Ne croyez pas une seconde que le Rwanda nous a soutenus parce qu&rsquo;ils &eacute;taient nos amis, ou qu&rsquo;ils ont sympathis&eacute; avec les Tutsi congolais. Ils nous ont soutenus parce qu&rsquo;ils avaient besoin de nous. Et quand ils n&rsquo;ont plus eu besoin de nous, ils se sont retourn&eacute;s contre nous &raquo;.&nbsp; Il y a d&rsquo;ailleurs maints exemples des Tutsi congolais qui se sont rebell&eacute;s contre le Rwanda.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Qu&rsquo;en est-il de la s&eacute;curit&eacute;&nbsp;? Les proches du gouvernement rwandais mentionnent souvent la s&eacute;curit&eacute; comme l&rsquo;imp&eacute;ratif primordial, en particulier les FDLR. Il ne fait aucun doute que la menace des FDLR a jou&eacute; un r&ocirc;le important dans le processus d&eacute;cisionnel. Cependant, la derni&egrave;re incursion majeure des FDLR remonte &agrave; 2001 ; en 2012, les FDLR &eacute;taient une organisation &eacute;puis&eacute;e et divis&eacute;e. N&eacute;anmoins, compte tenu de la place centrale que le g&eacute;nocide occupe toujours dans la m&eacute;moire et la politique rwandaises, les FDLR restent une puissante menace symbolique. Ceci est tout &agrave; fait distinct, cependant, d&rsquo;une question purement s&eacute;curitaire. Une grande partie du r&eacute;cit qui sous-tend la l&eacute;gitimit&eacute; du FPR est li&eacute;e au g&eacute;nocide et &agrave; la protection de la nation. La menace des FDLR et les op&eacute;rations au Congo renforcent l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;il existe un plus grand bien, un imp&eacute;ratif de s&eacute;curit&eacute; qui justifie la r&eacute;pression de l&rsquo;opposition et les restrictions aux libert&eacute;s civiles. Elle sert &eacute;galement &agrave; resserrer les rangs au sein du FPR &ndash; le gouvernement s&rsquo;inqui&egrave;te particuli&egrave;rement d&rsquo;une r&eacute;bellion de ses propres cadres depuis la d&eacute;fection du g&eacute;n&eacute;ral Kayumba Nyamwasa en 2010. Ainsi, dans certains cas, l&rsquo;id&eacute;ologie du g&eacute;nocide est devenue un pr&eacute;texte pour le FPR afin de r&eacute;primer la dissidence ; dans d&rsquo;autres, les responsables du FPR sont motiv&eacute;s par une r&eacute;elle inqui&eacute;tude. Ces impulsions jumelles &ndash; le d&eacute;sir de pr&eacute;server le FPR et la volont&eacute; d&rsquo;extirper l&rsquo;id&eacute;ologie du g&eacute;nocide &ndash; sont devenues inextricablement entrem&ecirc;l&eacute;es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">La culture institutionnelle du FPR, qui tend vers une mentalit&eacute; de bunker, associ&eacute;e &agrave; cet accent mis sur les menaces s&eacute;curitaires, a aliment&eacute; une propension au contr&ocirc;le, accentuant une tendance &agrave; la bellig&eacute;rance. &laquo; Le FPR n&rsquo;aime rien laisser au hasard &raquo;, a d&eacute;clar&eacute; un diplomate &eacute;tranger &agrave; Kigali. &laquo; Il y a une culture de contr&ocirc;le ici qui impr&egrave;gne tous les aspects de la vie, en particulier la s&eacute;curit&eacute; &raquo;. L&rsquo;impact que cela a eu sur l&rsquo;&eacute;valuation des menaces &agrave; la s&eacute;curit&eacute; dans l&rsquo;est du Congo peut &ecirc;tre jug&eacute; par cette citation d&rsquo;un des hauts responsables de la s&eacute;curit&eacute; du Rwanda : &laquo; Que feraient les &Eacute;tats-Unis si Al-Qa&iuml;da avait une cellule op&eacute;rant &agrave; Tijuana (au Mexique) ? Ils enverraient des troupes et ne prendraient pas d&rsquo;otages &raquo;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">****<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Au Congo, les &eacute;lites politiques ont aussi &eacute;t&eacute; complices des guerres, bien que d&rsquo;une mani&egrave;re tr&egrave;s diff&eacute;rente. Ici, l&rsquo;approche des &eacute;lites politiques face au conflit a &eacute;t&eacute; un m&eacute;lange d&rsquo;apathie, d&rsquo;impuissance et d&rsquo;opportunisme. De nombreux dirigeants politiques que j&rsquo;ai interrog&eacute;s, m&ecirc;me certains de ceux de l&rsquo;Est, ont exprim&eacute; peu de connaissances ou d&rsquo;engagement vis-&agrave;-vis de la situation l&agrave;-bas. &laquo; Ces gens ont toujours &eacute;t&eacute; en guerre &raquo;, m&rsquo;a dit un parlementaire de Kinshasa. &laquo; Rien que nous puissions faire ne changera cela &raquo;. La guerre dans l&rsquo;est du Congo &eacute;tait extr&ecirc;mement p&eacute;riph&eacute;rique &agrave; leur survie &ndash; les politiciens n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; sanctionn&eacute;s&nbsp; dans les urnes pour leur n&eacute;gligence de l&rsquo;Est, et les combats l&agrave;-bas n&rsquo;&eacute;taient pas non plus une menace pour la s&eacute;curit&eacute; de la capitale du pays &agrave; des milliers de kilom&egrave;tres de l&agrave;. &laquo; Quand je fais campagne dans ma circonscription &agrave; Kinshasa, personne ne me pose de questions sur la violence dans l&rsquo;est du Congo &raquo;, m&rsquo;a dit un d&eacute;put&eacute;. Mon livre explore cette culture politique, caract&eacute;ris&eacute;e par deux impulsions : la normalisation et l&rsquo;essentialisation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Alors que certains politiciens peuvent &ecirc;tre influenc&eacute;s par les st&eacute;r&eacute;otypes entourant la violence, d&rsquo;autres sont bien inform&eacute;s de la complicit&eacute; du gouvernement et pourtant font peu pour changer les choses, car il serait risqu&eacute; pour eux de le faire. La principale raison en est l&rsquo;importance de l&rsquo;arm&eacute;e pendant la p&eacute;riode qui a suivi le gouvernement de transition de 2003 &agrave; 2006. Les &eacute;lites politiques de Kinshasa &eacute;taient plus pr&eacute;occup&eacute;es par la dissidence militaire au sein de l&rsquo;arm&eacute;e que par les revendications de la population locale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">En d&eacute;ployant la majeure partie de l&rsquo;arm&eacute;e &agrave; l&rsquo;Est, en maintenant les salaires des officiers bas mais leurs indemnit&eacute;s et primes discr&eacute;tionnaires &eacute;lev&eacute;es, et en leur donnant carte blanche dans le racket, les &eacute;lites politiques se sont prot&eacute;g&eacute;es contre d&rsquo;&eacute;ventuels coups d&rsquo;&Eacute;tat et se sont enrichies gr&acirc;ce &agrave; des programmes de pots-de-vin. Joseph Kabila lui-m&ecirc;me, alors pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, bien qu&rsquo;apparemment correctement inform&eacute; sur la violence, a souvent privil&eacute;gi&eacute; la loyaut&eacute; &agrave; la responsabilit&eacute;, permettant &agrave; la corruption et au racket de persister au sein de l&rsquo;arm&eacute;e nationale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Ce syst&egrave;me de fragmentation et de client&eacute;lisme s&rsquo;est auto-renforc&eacute; et est d&eacute;sormais ancr&eacute; dans l&rsquo;organisation de l&rsquo;&Eacute;tat, l&rsquo;investissant dans la persistance des conflits. On peut l&rsquo;observer, par exemple, dans la fa&ccedil;on dont les membres des services de s&eacute;curit&eacute; sont r&eacute;mun&eacute;r&eacute;s &ndash; le paiement est structur&eacute; de telle mani&egrave;re que les officiers peinent &agrave; prosp&eacute;rer en l&rsquo;absence de conflit arm&eacute;. En 2014, jusqu&rsquo;&agrave; plus de 90 % de la r&eacute;mun&eacute;ration des officiers d&eacute;pendait de paiements l&eacute;gaux ou extral&eacute;gaux directement li&eacute;s aux op&eacute;rations militaires. Par exemple, les officiers occupant des postes de commandement recevaient souvent une prime de commandement d&rsquo;une valeur allant jusqu&rsquo;&agrave; 1 000 dollars par mois, et les officiers du renseignement recevaient parfois un fond secret de renseignement d&rsquo;une valeur de plusieurs centaines de dollars par mois, mais uniquement s&rsquo;ils menaient des op&eacute;rations militaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Tant la fragmentation des acteurs que ces int&eacute;r&ecirc;ts produisent ce que je qualifie d&rsquo;involution. Les responsables gouvernementaux congolais et les commandants de l&rsquo;arm&eacute;e reproduisent les m&ecirc;mes mod&egrave;les de gouvernance, bien qu&rsquo;en improvisant et en cr&eacute;ant des syst&egrave;mes d&rsquo;extraction plus complexes. Du fait de la multiplicit&eacute; des acteurs et de la nature t&eacute;n&eacute;breuse de ces r&eacute;seaux, chaque acteur a du mal &agrave; imaginer une autre logique, a fortiori d&rsquo;agir concr&egrave;tement pour r&eacute;former, m&ecirc;me si la quasi-totalit&eacute; des acteurs du syst&egrave;me actuel la trouve r&eacute;pr&eacute;hensible. La violence est devenue syst&eacute;mique, d&eacute;passant les intentions de tout acteur individuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">****<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Les acteurs internationaux ne peuvent &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme en marge de ce processus. Apr&egrave;s tout, ils ont n&eacute;goci&eacute; et financ&eacute; une grande partie du processus de paix et ont consid&eacute;rablement fa&ccedil;onn&eacute; l&rsquo;&eacute;conomie et la politique des Congolais au cours des 20 derni&egrave;res ann&eacute;es. Mon analyse trouve deux d&eacute;fauts principaux : les bailleurs de fonds et les artisans de la paix se sont concentr&eacute;s sur des r&eacute;formes technocratiques, plut&ocirc;t que de s&rsquo;attaquer aux in&eacute;galit&eacute;s inh&eacute;rentes &agrave; la structure de l&rsquo;&Eacute;tat congolais ; et ils ont ignor&eacute; les d&eacute;veloppements parall&egrave;les dans le secteur priv&eacute; qui ont radicalement enracin&eacute; les &eacute;lites politiques en charge de l&rsquo;&Eacute;tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">De nombreux bailleurs de fonds travaillant sur le Congo ont une profonde compr&eacute;hension du fonctionnement de l&rsquo;&Eacute;tat. Sur les trente-sept donateurs et diplomates que j&rsquo;ai interrog&eacute;s dans le cadre de mes recherches, la plupart d&rsquo;entre eux ont exprim&eacute; une frustration vis-&agrave;-vis de l&rsquo;&Eacute;tat congolais et ont compris que ses principaux int&eacute;r&ecirc;ts de n&rsquo;&eacute;taient pas align&eacute;s sur les imp&eacute;ratifs d&rsquo;efficacit&eacute;, de transparence et de responsabilit&eacute;. Et pourtant, la politique des bailleurs de fonds a trop souvent fini par soutenir l&rsquo;&Eacute;tat congolais, lui fournissant suffisamment de ressources pour &eacute;viter qu&rsquo;il ne s&rsquo;effondre, mais incapable d&rsquo;apporter des r&eacute;formes substantielles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Cela est d&ucirc; en partie aux dysfonctionnements internes de la propre bureaucratie des bailleurs de fonds. &laquo; Nous comprenons que l&rsquo;&Eacute;tat ne veuille pas v&eacute;ritablement r&eacute;former. Nous construisons de nouveaux syst&egrave;mes comptables pour eux, mais cela signifie simplement qu&rsquo;ils volent de l&rsquo;argent ailleurs &raquo;, m&rsquo;a dit un diplomate au sujet des r&eacute;formes qu&rsquo;ils avaient soutenues dans la gestion des fonctionnaires. &laquo; Cependant, notre capitale nous dit que nous devons soutenir cela, car le Congo est un endroit important pour nous &raquo;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Ces incitations bureaucratiques cr&eacute;ent alors souvent une mani&egrave;re de formuler les probl&egrave;mes auxquels est confront&eacute; le Congo en termes technocratiques abstraits qui d&eacute;pouillent la politique. En g&eacute;n&eacute;ral, une grande partie de la politique des donateurs interpr&egrave;te la faiblesse et les conflits de l&rsquo;&Eacute;tat comme un dysfonctionnement qui doit &ecirc;tre corrig&eacute; au lieu d&rsquo;une architecture mise en place pour servir les int&eacute;r&ecirc;ts des &eacute;lites politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Cette approche technocratique s&rsquo;est fig&eacute;e apr&egrave;s les &eacute;lections de 2006. Cette transition vers un cadre de stabilisation a &eacute;t&eacute; construite sur l&rsquo;hypoth&egrave;se probl&eacute;matique et implicite que le gouvernement congolais voulait cr&eacute;er des institutions efficaces et disciplin&eacute;es au lieu de privil&eacute;gier la culture de r&eacute;seaux client&eacute;listes et la survie politique. Une &eacute;valuation d&rsquo;Oxfam de la phase initiale 2009-2012 de la Strat&eacute;gie internationale d&rsquo;appui &agrave; la s&eacute;curit&eacute; et &agrave; la stabilisation (I4S), par exemple, a conclu qu&rsquo;elle souffrait de l&rsquo;absence d&rsquo;appropriation par le gouvernement. Des routes ont &eacute;t&eacute; construites qui n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; entretenues et de nouveaux postes de police ont &eacute;t&eacute; construits dont le personnel n&rsquo;&eacute;tait pas pay&eacute;. M&ecirc;me lorsque les donateurs ont propos&eacute; de financer un nouveau plan de d&eacute;mobilisation en 2015, le gouvernement congolais a montr&eacute; peu d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t. Il n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; en mesure de fournir les quelques 10 % du budget de 90 millions de dollars qu&rsquo;il avait propos&eacute;s ; entre-temps, il a investi au moins 285 millions de dollars dans un parc agro-industriel chim&eacute;rique et &eacute;ph&eacute;m&egrave;re &agrave; Bukanga Lonzo, dont 200 millions de dollars ont disparu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">La transformation en 2010 de la mission du maintien de la paix de l&rsquo;ONU &ndash; de la MONUC &agrave; la Monusco&nbsp; &ndash; faisait &eacute;galement partie de cette logique de stabilisation, qui impliquait de ne pas remettre en cause l&rsquo;hypoth&egrave;se sous-jacente selon laquelle le gouvernement &eacute;tait un partenaire volontaire. La mission de l&rsquo;ONU, qui avait r&eacute;ussi &agrave; accoucher de l&rsquo;accord de paix de 2002 et &agrave; devenir garant du gouvernement de transition, le point culminant de son engagement politique, s&rsquo;est soudainement retrouv&eacute;e politiquement marginalis&eacute;e. Malgr&eacute; l&rsquo;insistance des d&eacute;cideurs onusiens sur la &laquo; primaut&eacute; du politique &raquo;, &agrave; partir de 2007, la mission est rest&eacute;e largement en marge des n&eacute;gociations entre le gouvernement et les groupes arm&eacute;s. Finalement, la mission, &agrave; quelques exceptions pr&egrave;s, s&rsquo;est retrouv&eacute;e largement cantonn&eacute;e &agrave; ce qu&rsquo;elle fait le moins bien : la protection militaire des civils en danger imminent. La protection des civils au Congo par l&rsquo;ONU s&rsquo;est souvent d&eacute;roul&eacute;e dans le cadre d&rsquo;op&eacute;rations conjointes avec les FARDC. En soutenant les FARDC, la Monusco&nbsp; est devenue partie au conflit, sapant les principes d&rsquo;impartialit&eacute; dans les op&eacute;rations de maintien de la paix.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Le deuxi&egrave;me d&eacute;faut majeur dans la fa&ccedil;on dont les donateurs ont abord&eacute; le conflit &eacute;tait &eacute;vident dans la gestion&nbsp; de l&rsquo;&eacute;conomie. La lib&eacute;ralisation rapide de l&rsquo;&eacute;conomie congolaise au cours de cette p&eacute;riode a entra&icirc;n&eacute; une croissance spectaculaire, mais a &eacute;galement compromis le processus de paix et contribu&eacute; &agrave; enraciner les dynamiques de conflit li&eacute;es &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat pr&eacute;dateur. Les donateurs et les diplomates ont &eacute;t&eacute; complices, car ils ont mis en &oelig;uvre des politiques bas&eacute;es sur des mod&egrave;les pr&eacute;con&ccedil;us de consolidation de la paix et se sont abstenus d&rsquo;appliquer des directives r&eacute;glementaires et des conditionnalit&eacute;s plus strictes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Au d&eacute;but de la transition en 2003, l&rsquo;&eacute;conomie congolaise &eacute;tait minuscule, environ 9 milliards de dollars en termes de PIB r&eacute;el, et les revenus de l&rsquo;&Eacute;tat n&rsquo;&eacute;taient que de 730 millions de dollars &ndash; &agrave; titre de comparaison, le budget de mon employeur, l&rsquo;Universit&eacute; de New York, en 2020 &eacute;tait de 3,6 milliards de dollars. La taille de l&rsquo;&eacute;conomie congolaise, cependant, a rapidement augment&eacute;, car le processus de paix a entra&icirc;n&eacute; la privatisation de bon nombre des concessions mini&egrave;res et p&eacute;troli&egrave;res les plus pr&eacute;cieuses du pays, que Mobutu avait nationalis&eacute;es. Ce processus de privatisation a rapidement et consid&eacute;rablement enrichi la nouvelle &eacute;lite dirigeante. Les tendances mondiales, tir&eacute;es par une demande en plein essor dans l&rsquo;&eacute;lectronique et la construction, ont renforc&eacute; l&rsquo;afflux de capitaux &eacute;trangers&nbsp;: les prix du cuivre sont pass&eacute;s de 0,65&nbsp;$ la livre en 2001 &agrave; un sommet de 4,50&nbsp;$ la livre en 2011, soit une augmentation de 592&nbsp;% sur dix ans. Les prix du cobalt ont &eacute;galement &agrave; peu pr&egrave;s doubl&eacute; au cours de cette p&eacute;riode.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Cette privatisation a &eacute;t&eacute; soutenue et encourag&eacute;e par les donateurs qui croyaient que l&rsquo;investissement priv&eacute; ne saperait pas le processus de paix mais le renforcerait. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un principe central de la consolidation de la paix lib&eacute;rale, qui suppose qu&rsquo;une d&eacute;mocratie fond&eacute;e sur les droits et une &eacute;conomie de march&eacute; sont les meilleurs fondements d&rsquo;une paix durable et &eacute;quitable. Lorsque la Banque mondiale a aid&eacute; &agrave; r&eacute;diger le code minier de 2002 et ainsi qu&rsquo;&agrave; r&eacute;former les entreprises publiques, et que les ambassades &eacute;trang&egrave;res ont encourag&eacute; le d&eacute;veloppement des entreprises priv&eacute;es, elles ont choisi de ne pas examiner de trop pr&egrave;s le lien &eacute;troit entre la politique et les affaires. R&eacute;alis&eacute;s bien en dessous des prix du march&eacute; par de sombres soci&eacute;t&eacute;s offshore, certains investissements dans le secteur minier, par exemple, &eacute;taient extr&ecirc;mement douteux. Les estimations des pertes pour l&rsquo;&Eacute;tat congolais de quelques-unes de ces transactions varient entre 1,36 milliard&nbsp; et 5,5 milliards de dollars.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Bien que tr&egrave;s m&eacute;diatis&eacute;, ce vol &agrave; grande &eacute;chelle par de petits op&eacute;rateurs &eacute;tait sans doute un probl&egrave;me moins important que les prix de transfert et l&rsquo;&eacute;vasion fiscale par des multinationales r&eacute;put&eacute;es. &Eacute;tant donn&eacute; que le principal imp&ocirc;t du gouvernement congolais pour les soci&eacute;t&eacute;s mini&egrave;res est sur les b&eacute;n&eacute;fices, beaucoup d&eacute;clarent des pertes pour leurs filiales locales tout en transf&eacute;rant les b&eacute;n&eacute;fices &agrave; une juridiction fiscale plus cl&eacute;mente. Par exemple, une &eacute;tude sur Glencore par un groupe d&rsquo;ONG, la plus grande soci&eacute;t&eacute; mini&egrave;re du Congo, a r&eacute;v&eacute;l&eacute; que sa filiale congolaise Kamoto Copper Company avait d&eacute;clar&eacute; des pertes de plusieurs centaines de millions de dollars entre 2009 et 2013. Au cours de cette m&ecirc;me p&eacute;riode, la filiale canadienne de Glencore, Katanga Mining Ltd. avec un b&eacute;n&eacute;fice net de plus de 400 millions de dollars, entra&icirc;nant une perte de 150 millions de dollars pour les caisses de l&rsquo;&Eacute;tat congolais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Ces prix de transfert, ainsi que le d&eacute;tournement de l&rsquo;argent de la corruption par les &eacute;lites, ont conduit &agrave; des flux massifs d&rsquo;argent hors du pays. Selon un calcul des chercheurs &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Massachusetts, 25,6 milliards de dollars sont partis du Congo en fuite de capitaux entre 1996 et 2010, dont 4,2 milliards pendant les trois ann&eacute;es du gouvernement de transition. C&rsquo;est presque autant que l&rsquo;ensemble des recettes publiques pour cette p&eacute;riode ; une grande partie de cet argent est all&eacute; en Europe ou en Am&eacute;rique du Nord. Bien que la Banque mondiale n&rsquo;ait pas soutenu directement la plupart de ces transactions &ndash; et bien qu&rsquo;elle ait fourni une assurance contre les risques &agrave; certaines &ndash; elle a investi des milliards en pr&ecirc;ts et en subventions au Congo au cours de cette p&eacute;riode et a &eacute;t&eacute; intimement impliqu&eacute;e dans le soutien &agrave; la r&eacute;forme du secteur minier public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Il semble clair que l&rsquo;&eacute;norme richesse qui revient &agrave; l&rsquo;&eacute;lite dirigeante au cours de cette p&eacute;riode a renforc&eacute; son emprise sur le pouvoir et sap&eacute; la d&eacute;mocratie. Les &eacute;lections indirectes pour les gouverneurs et les s&eacute;nateurs sont devenues profond&eacute;ment corrompues, car il &eacute;tait assez facile de soudoyer plusieurs dizaines de d&eacute;put&eacute;s&nbsp; provinciaux. M&ecirc;me les &eacute;lections directes &eacute;taient co&ucirc;teuses, car faire campagne dans tout le pays co&ucirc;tait cher. Selon des sources au sein de leurs campagnes respectives, l&rsquo;&eacute;lection pr&eacute;sidentielle de 2006 a co&ucirc;t&eacute; &agrave; Joseph Kabila au moins 10 millions de dollars, et la campagne de 2011 d&rsquo;&Eacute;tienne Tshisekedi, un candidat de l&rsquo;opposition aux moyens relativement modestes, a co&ucirc;t&eacute; 5 millions de dollars. On estime que pr&eacute;senter des candidats &agrave; toutes les &eacute;lections nationales co&ucirc;terait &agrave; un parti politique 1 million de dollars en d&eacute;p&ocirc;ts non remboursables, sans compter le co&ucirc;t de la campagne elle-m&ecirc;me. Ces conditions favorisent clairement ceux qui ont acc&egrave;s aux ressources et au pouvoir de l&rsquo;&Eacute;tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">****<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Il y a eu des points d&rsquo;inflexion o&ugrave; les donateurs et les gouvernements auraient pu intervenir pour mettre fin au conflit. Aujourd&rsquo;hui, cependant, les solutions simples sont plus difficiles &agrave; trouver. Le conflit a transform&eacute; les r&eacute;seaux commerciaux, les hi&eacute;rarchies sociales, les mentalit&eacute;s et les structures politiques &ndash; il n&rsquo;y a pas un brin dans ce jeu de ficelles qui puisse &ecirc;tre tir&eacute; pour l&rsquo;effondrer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\">Les d&eacute;fis auxquels sont confront&eacute;s les Congolais sont g&eacute;n&eacute;rationnels. Au niveau local, ils devront faire face &agrave; la d&eacute;mobilisation de centaines de groupes arm&eacute;s et aux s&eacute;quelles psychologiques et sociales de d&eacute;cennies de guerre. Au niveau national, ils devront combattre une &eacute;lite politique qui est devenue moins responsable et plus corrompue &agrave; mesure que des investissements massifs ont afflu&eacute; dans le pays. Pendant ce temps, sur la sc&egrave;ne internationale, ils devront faire face &agrave; une communaut&eacute; d&rsquo;&Eacute;tats africains relativement apathiques et &agrave; une communaut&eacute; de donateurs occidentaux qui n&rsquo;a pas fait grand-chose pour contraindre le capital international et qui souvent ne respecte pas sa rh&eacute;torique noble en mati&egrave;re de droits de l&rsquo;homme. Ce ne sont pas des batailles techniques mais plut&ocirc;t des luttes pour le pouvoir, pour le contr&ocirc;le de la politique locale et nationale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"is-core-paragraph-block has-space-small-mb\" style=\"margin-top:0px;margin-bottom:30px;padding-top:0px;padding-bottom:0px\"><\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr&eacute;sentation du nouveau livre de Jason K. Stearns En 2018, une &eacute;pid&eacute;mie d&rsquo;Ebola a &eacute;clat&eacute; dans le nord-est de la R&eacute;publique d&eacute;mocratique du Congo. 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