{"id":5234,"date":"2015-10-08T02:40:40","date_gmt":"2015-10-08T02:40:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/les-paris-sont-lances-3\/"},"modified":"2016-03-23T19:19:27","modified_gmt":"2016-03-23T19:19:27","slug":"les-paris-sont-lances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/2015\/10\/08\/les-paris-sont-lances\/","title":{"rendered":"Les paris sont lanc\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un v&eacute;ritable coup dur que vient d&rsquo;enregistrer la majorit&eacute; pr&eacute;sidentielle. M&ecirc;me si nombre d&rsquo;observateurs s&rsquo;y attendaient, m&ecirc;me si pour le porte-parole du gouvernement, lors de sa conf&eacute;rence de presse du jeudi 1er octobre, cela ne constitue en rien un &eacute;v&eacute;nement, la d&eacute;mission le mardi 29 septembre de Mo&iuml;se Katumbi Chapwe, en tant que gouverneur de l&rsquo;ancienne province du Katanga et membre du PPRD, a fait l&rsquo;effet d&rsquo;une bombe.<\/p>\n<p>Pour preuve, Lambert Mende lui-m&ecirc;me a pris pr&egrave;s de 20 minutes lors de son point de presse pour &eacute;voquer la question. Sur les r&eacute;seaux sociaux, en revanche, ce sont des bravos &agrave; profusion qui ont salu&eacute;, &agrave; tort ou &agrave; raison, l&rsquo;initiative de Mo&iuml;se Katumbi face &agrave; une minorit&eacute; qui le d&eacute;nigre, mais aussi &agrave; une opposition qui se demande quelle attitude adopter &agrave; son endroit.<\/p>\n<p>La d&eacute;mission de Mo&iuml;se Katumbi arrive apr&egrave;s la fronde du G7, puis l&rsquo;expulsion mouvement&eacute;e de ses membres des rangs de la majorit&eacute; pr&eacute;sidentielle, confirmant ce que plusieurs analystes n&rsquo;avaient pas manqu&eacute; de souligner depuis plusieurs mois et semaines, &agrave; savoir que le malaise &eacute;tait plus profond qu&rsquo;on ne voulait bien le faire croire au sein de la majorit&eacute; et, plus r&eacute;cemment, que la fronde du G7 n&rsquo;&eacute;tait que la face visible d&rsquo;un tsunami dont les vagues successives risquaient, &agrave; terme, de d&eacute;peupler la majorit&eacute; et d&rsquo;isoler le pouvoir de Joseph Kabila, de plus en plus contest&eacute; &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur et critiqu&eacute; par les partenaires ext&eacute;rieurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;ascension de Mo&iuml;se Katumbi, c&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;histoire des d&eacute;bris d&rsquo;un club de football l&eacute;gendaire, le TP Mazembe Englebert, que l&rsquo;homme rassemble au milieu des ann&eacute;es 90 dans la lign&eacute;e d&rsquo;un grand-fr&egrave;re, Soriano Katebe Katoto, homme d&rsquo;affaires prosp&egrave;re ayant fait fortune dans l&rsquo;industrie du poisson, aujourd&rsquo;hui leader politique exil&eacute; en Belgique,&nbsp; qui en fut le manager du temps de sa marche triomphale sur le continent &agrave; la fin des ann&eacute;es 60 et d&eacute;but de la d&eacute;cennie 70. Un club qui a repris, sous Mo&iuml;se Katumbi, sa marche ascendante sur le continent, remobilisant les Congolais amoureux de football et leur proposant un style de management qui a s&eacute;duit dans bien des provinces o&ugrave; certains l&rsquo;ont &eacute;rig&eacute; en mod&egrave;le.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ensuite l&rsquo;histoire d&rsquo;une famille ayant r&eacute;ussi &agrave; creuser, pour chacun de ses fils,&nbsp; un itin&eacute;raire lumineux qui a fait de Mo&iuml;se Katumbi , un homme d&rsquo;affaires dont la fortune s&rsquo;est construite dans les minings et le transport, un manager avis&eacute;, un homme politique ne manquant ni d&rsquo;audace ni d&rsquo;imagination. Jusqu&rsquo;&agrave; le pousser &agrave; faire main basse, au milieu des ann&eacute;es 2000, sur le PPRD-Katanga, avant de devenir gouverneur de la plus riche des provinces de la RDC, d&rsquo;y implanter un personnel politique &agrave; son image, mais aussi des regroupements des jeunes qui lui vouent un culte passionn&eacute;.<\/p>\n<p>La saga Mo&iuml;se Katumbi est un m&eacute;lange d&eacute;tonant qui a fait de l&rsquo;ancien gouverneur du Katanga la cible de toutes les attaques, apr&egrave;s l&rsquo;avoir pouss&eacute; &agrave; prendre des initiatives in&eacute;dites pour marquer sa vision, son ambition et sa r&eacute;bellion. A l&rsquo;instar de cette m&eacute;taphore rest&eacute;e c&eacute;l&egrave;bre des trois penalties lanc&eacute;e en d&eacute;but d&rsquo;ann&eacute;e pour marquer sa d&eacute;sapprobation de l&rsquo;initiative visant l&rsquo;obtention d&rsquo;un troisi&egrave;me mandat pour le chef de l&rsquo;Etat, ainsi que son attachement au principe de l&rsquo;alternance d&eacute;mocratique. Une initiative &eacute;videmment consid&eacute;r&eacute;e au sein de la majorit&eacute; comme un crime de l&egrave;se-majest&eacute;. Mais qui &eacute;tait en r&eacute;alit&eacute; le signe avant-coureur de l&rsquo;esprit G7 &ndash; dont certaines langues disent que Mo&iuml;se Katumbi pourrait &ecirc;tre le leader &ndash; et d&rsquo;une r&eacute;bellion originale, au point de lui valoir, d&eacute;but juin, ensemble avec trois autres gouverneurs de province, des menaces de poursuites judiciaires.<\/p>\n<p>N&rsquo;emp&ecirc;che,&nbsp; le mal est fait. L&rsquo;homme qui vient de d&eacute;missionner du PPRD et du poste de gouverneur n&rsquo;&eacute;tait pas seulement l&rsquo;un des &eacute;l&eacute;ments cl&eacute;s du pouvoir de Joseph Kabila. Il avait aussi et surtout pris, au fil du temps, les traits de celui qui &eacute;tait en mesure, par une offre politique audacieuse, d&rsquo;activer d&rsquo;int&eacute;ressantes connexions parmi les partenaires traditionnels de la RDC, de diviser le clan katangais ainsi que la riche province dont il partage les racines sociologiques avec Joseph Kabila.<\/p>\n<p>La question n&rsquo;est donc plus, &agrave; ce stade, de savoir &agrave; quand la prochaine d&eacute;fection et qui risque-t-elle de concerner tant sur la sc&egrave;ne politique nationale qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;chelle du Katanga. Elle interroge plut&ocirc;t l&rsquo;avenir le plus proche des Congolais quant &agrave; l&rsquo;impact des r&eacute;cents d&eacute;veloppements, y compris le divorce fracassant de Mo&iuml;se Katumbi avec la majorit&eacute;,&nbsp; sur le d&eacute;bat politique, en termes de recomposition du paysage politique et du sort du cycle &eacute;lectoral dont le tangage, depuis le d&eacute;but de l&rsquo;ann&eacute;e, a fini par d&eacute;sesp&eacute;rer les plus optimistes des pronostiqueurs.<\/p>\n<p>Tout r&eacute;cemment, la &laquo;bipolarisation&raquo; &eacute;tait apparue comme&nbsp; la cons&eacute;quence in&eacute;luctable d&rsquo;une &eacute;volution qui tendait &agrave; mettre face &agrave; face deux camps lanc&eacute;s, l&rsquo;un et l&rsquo;autre, dans une bataille f&eacute;roce pour, le premier, la conservation du pouvoir et, le deuxi&egrave;me, &agrave; d&eacute;faut de sa conqu&ecirc;te, &agrave; tout le moins le respect des dispositions imp&eacute;ratives de la constitution et du principe de l&rsquo;alternance.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un ph&eacute;nom&egrave;ne qui plonge ses racines loin dans les avatars de la politique za&iuml;ro-congolaise des ann&eacute;es 90. L&rsquo;impasse politique issue de la conf&eacute;rence nationale souveraine avait projet&eacute; une sc&egrave;ne politique fragment&eacute;e en deux camps oppos&eacute;s. Le premier, assimil&eacute; au statu quo, &eacute;tait repr&eacute;sent&eacute; par les Forces Politiques du Conclave (FPC), une coalition organis&eacute;e autour du MPR, parti politique dont le mar&eacute;chal Mobutu &eacute;tait le fondateur, et comprenant les forces politiques et sociales soutenant le chef de l&rsquo;Etat de l&rsquo;&eacute;poque. Le deuxi&egrave;me, se pr&eacute;sentant comme le camp du changement, comptait les forces politiques et sociales r&eacute;clamant le d&eacute;part du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique de l&rsquo;&eacute;poque, avec l&rsquo;Udps comme locomotive.<\/p>\n<p>Seulement voil&agrave;, il eut aussi une troisi&egrave;me voie, repr&eacute;sent&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;poque par ceux qu&rsquo;on avait appel&eacute;s &laquo;les experts&raquo; rang&eacute;s derri&egrave;re L&eacute;on Kengo wa Dondo &agrave; travers l&rsquo;Union des D&eacute;mocrates Ind&eacute;pendants (UDI), dissident en premi&egrave;res noces de la famille politique du mar&eacute;chal Mobutu, puis, accueilli par l&rsquo;opposition, deuxi&egrave;me fois dissident, cette fois de celle-ci, sous la banni&egrave;re d&rsquo;une plateforme appel&eacute;e &laquo;URD&raquo;.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire serait-elle, par une sorte d&rsquo;ironie du sort, un &eacute;ternel recommencement? Les derniers &eacute;v&eacute;nements survenus en RDC &ndash; qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la suspension des contacts entre l&rsquo;Udps et le pouvoir, de la lettre du G7 suivie de l&rsquo;exclusion de ses membres de la Majorit&eacute; Pr&eacute;sidentielle, de la r&eacute;vocation et ou de la d&eacute;mission de leurs collaborateurs oeuvrant dans les institutions, du r&eacute;am&eacute;nagement technique du gouvernement ainsi que du blocage&nbsp; du processus &eacute;lectoral, auxquels il faut d&eacute;sormais ajouter la d&eacute;mission de Mo&iuml;se Katumbi &ndash; portent en effet les germes d&rsquo;une radicalisation rampante, mais aussi d&rsquo;une bipolarisation qui confirme que le pays est bel et bien engag&eacute; dans une impasse, dont se d&eacute;gagent &agrave; ce stade deux enseignements majeurs. En premier lieu, Joseph Kabila n&rsquo;a toujours pas clarifi&eacute; sa position par rapport &agrave; la fin de son mandat. Deuxi&egrave;mement, cette position pourrait induire une logique de confrontation avec les forces politiques et sociales d&eacute;termin&eacute;es &agrave; faire respecter la constitution dans ses dispositions intangibles.<\/p>\n<p>Reste que la situation est loin d&rsquo;&ecirc;tre aussi claire. Si l&rsquo;opposition n&rsquo;offre individuellement ou collectivement, ni des ressources cr&eacute;dibles pour une v&eacute;ritable mobilisation &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle nationale, ni des strat&eacute;gies coh&eacute;rentes autour d&rsquo;une alternative cr&eacute;dible, il est tout aussi indiscutable que la majorit&eacute; est sortie affaiblie des derniers &eacute;pisodes du feuilleton politique congolais, au point qu&rsquo;elle offre aujourd&rsquo;hui un champ propice &agrave; toutes les hypoth&egrave;ses et &agrave; tous les opportunismes. On craint m&ecirc;me, selon plusieurs observateurs, que le ph&eacute;nom&egrave;ne de d&eacute;fection au sein de la majorit&eacute; aille s&rsquo;amplifiant au regard de l&rsquo;aspiration unanime &agrave; l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;une v&eacute;ritable tradition d&eacute;mocratique en RDC. A l&rsquo;instar, justement,&nbsp; du gouverneur de l&rsquo;ancienne province du Katanga, dont tout permet de penser que la d&eacute;mission entra&icirc;nera beaucoup d&rsquo;autres parmi ceux des membres de cette famille politique tent&eacute;s de penser que, plut&ocirc;t que de tout perdre, celle-ci aurait int&eacute;r&ecirc;t &agrave; abattre d&rsquo;autres cartes que celle de Joseph Kabila pour esp&eacute;rer conserver le pouvoir et organiser l&rsquo;alternance dans le calme.<\/p>\n<p>Les limites d&rsquo;une bipolarisation-bis se situent l&agrave;. Si les observateurs doutent de la capacit&eacute; de la majorit&eacute; &agrave; f&eacute;d&eacute;rer, &agrave; proposer, &agrave; convaincre une opinion nationale de plus en plus dubitative, mais aussi et surtout les partenaires traditionnels, dont le poids avait &eacute;t&eacute; si d&eacute;terminant dans les choix op&eacute;r&eacute;s en 2001, 2006 et 2011, il n&rsquo;est en revanche pas &eacute;vident que l&rsquo;opposition et le G7 auront dans un avenir plus ou moins proche un agenda commun, le deuxi&egrave;me ayant toutes les raisons de craindre d&rsquo;&ecirc;tre phagocyt&eacute; par la premi&egrave;re, celle &ndash;ci se posant l&eacute;gitimement la question de savoir jusqu&rsquo;o&ugrave;&nbsp; Mo&iuml;se Katumbi ne sera pas tent&eacute; de s&rsquo;infiltrer pour mieux diviser, ou jouer au loup solitaire dans un pays qui a ses r&eacute;f&eacute;rences et ses certitudes.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas non plus exclu que, contrainte et forc&eacute;e par les &eacute;v&eacute;nements, la majorit&eacute; finisse par s&rsquo;incliner et r&eacute;cup&eacute;rer malgr&eacute; elle ses enfants rebelles dans l&rsquo;espoir de conserver le pouvoir. A condition, &eacute;videmment, que la guerre de positionnement et les r&egrave;glements des comptes n&rsquo;aient entretemps achev&eacute; ce qui reste encore de la famille politique du chef de l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>De plus en plus illisibles, de plus en plus risqu&eacute;s, les paris sont lanc&eacute;s.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un v&eacute;ritable coup dur que vient d&rsquo;enregistrer la majorit&eacute; pr&eacute;sidentielle. 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