{"id":6244,"date":"2017-04-04T08:29:26","date_gmt":"2017-04-04T08:29:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/?p=6244"},"modified":"2017-04-04T08:29:26","modified_gmt":"2017-04-04T08:29:26","slug":"les-drames-oublies-de-la-crise-congolaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/2017\/04\/04\/les-drames-oublies-de-la-crise-congolaise\/","title":{"rendered":"Les drames oubli\u00e9s de la crise congolaise"},"content":{"rendered":"<p>La situation politique et s&eacute;curitaire en r&eacute;publique d&eacute;mocratique du Congo est si pr&eacute;occupante que beaucoup d&rsquo;observateurs ont parfois tendance &agrave; penser qu&rsquo;elle devrait &ecirc;tre le seul sujet de&nbsp; mobilisation g&eacute;n&eacute;rale tant &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur des fronti&egrave;res nationales. Il est vrai, de mani&egrave;re incontestable, qu&rsquo;elle est la source de blocage des &eacute;nergies qui devraient normalement servir &agrave; booster les autres activit&eacute;s et secteurs de la vie nationale aujourd&rsquo;hui paralys&eacute;s par la focalisation de la classe politique sur les pr&eacute;occupations de partage ou de conservation du pouvoir par l&rsquo;entremise de l&rsquo;accord politique global et inclusif, m&ecirc;me au prix d&rsquo;un recul du d&eacute;bat relatif &agrave; l&rsquo;alternance d&eacute;mocratique.<\/p>\n<p>Comment ne pas penser, en effet, qu&rsquo;au-del&agrave; des turpitudes de la classe politique dans son ensemble, les violences dans le nord-est avec les groupes arm&eacute;s, l&rsquo;ouest avec les revendications identitaires cristallis&eacute;es autour du gourou politico-religieux Ne Muanda Nsemi, avec son discours ambigu sur l&rsquo;improbable r&eacute;publique Ne Kongo, dans le sud avec les violences communautaires entre bantous et pygm&eacute;es, dans le centre avec l&rsquo;&eacute;mergence de la milice tentaculaire de Kamuina Nsapu, dont les revendications ont subitement d&eacute;pass&eacute; le cadre local et coutumier pour entrer de plein pied dans la sph&egrave;re politique, sont autant des facteurs favorables &agrave; l&rsquo;enlisement&nbsp;?<\/p>\n<p>Certes, &agrave; la d&eacute;charge de la na&iuml;vet&eacute; vraie ou suppos&eacute;e des opposants, force est de constater qu&rsquo;avec l&rsquo;app&acirc;t de la mangeoire, il y a toujours un tireur de ficelles auquel le crime profite depuis le lancement des initiatives controvers&eacute;es, &agrave; l&rsquo;aube de l&rsquo;ann&eacute;e 2015, pour la modification de la constitution. Et que la majorit&eacute; qui a brill&eacute; de mille feux dans ces initiatives ne pourra jamais s&rsquo;exon&eacute;rer de sa responsabilit&eacute; dans le d&eacute;litement des valeurs d&eacute;mocratiques sur lesquelles devrait se fonder le socle r&eacute;publicain, mais aussi, pour avoir failli dans sa charge de booster l&rsquo;&eacute;mergence de la RDC apr&egrave;s avoir exerc&eacute; le pouvoir depuis 2001.<\/p>\n<p>Autant dire que la majorit&eacute; est responsable de tous ces drames oubli&eacute;s qui sont autant de crimes dans la gestion du pouvoir en place. C&rsquo;est le cas de l&rsquo;implosion du cadre macro-&eacute;conomique, avec &nbsp;comme indicateur embl&eacute;matique la chute du franc congolais face aux monnaies &eacute;trang&egrave;res, principalement le dollar am&eacute;ricain qui se n&eacute;gocie aujourd&rsquo;hui &agrave; 150 francs congolais sur le march&eacute; libre, avec son corollaire naturel l&rsquo;envol&eacute;e de l&rsquo;inflation symbolis&eacute;e par la hausse des prix des denr&eacute;es de base. Ainsi en l&rsquo;espace de deux semaines, le prix du carburant &agrave; la pompe a enregistr&eacute; deux hausses symptomatiques, de 75 FC dans un premier temps, puis de 35 FC, &eacute;tablissant le prix du super &agrave; la pompe &agrave; 1640 FC. On attend d&eacute;sormais les r&eacute;percussions sur les biens de premi&egrave;re n&eacute;cessit&eacute;, les charges scolaires et hospitali&egrave;res, ainsi que sur le transport en commun pour des populations sans pouvoir d&rsquo;achat r&eacute;el, vivant avec moins de 2 dollars par jour selon les indices de d&eacute;veloppement humain du PNUD, et dont le taux de ch&ocirc;mage avoisine les 80% de la population active.<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;La situation sociale de la population a atteint les limites du supportable&nbsp;&raquo;, s&rsquo;est &eacute;cri&eacute; le pr&eacute;sident du s&eacute;nat mercredi 15 mars &agrave; l&rsquo;ouverture de la session parlementaire du mois de mars, fustigeant dans la foul&eacute;e la mont&eacute;e vertigineuse de l&rsquo;inflation qui a engendr&eacute; l&rsquo;emballement des prix et la d&eacute;t&eacute;rioration du franc congolais. La chute du pouvoir d&rsquo;achat de la population se situerait actuellement entre 40 et 50 %, a pr&eacute;cis&eacute; le pr&eacute;sident du s&eacute;nat pour qui &laquo;&nbsp;la situation sociale des Congolais ne doit pas &ecirc;tre l&rsquo;otage de l&rsquo;enlisement politique&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Quel sens le pr&eacute;sident du s&eacute;nat a-t-il voulu donner &agrave; son discours dans un contexte o&ugrave; toutes les institutions, y compris la sienne, sont frapp&eacute;es d&rsquo;ill&eacute;gitimit&eacute;&nbsp;? Toujours est-il que, pour Kengo wa Dondo, il n&rsquo;y a pas aujourd&rsquo;hui quatre chemins pour se sortir de cette situation. Il faut tout simplement mettre en application au plus vite l&rsquo;accord politique global et inclusif conclu le 31 d&eacute;cembre 2016 sous les auspices de la Conf&eacute;rence &eacute;piscopale nationale du Congo (CENCO).<\/p>\n<p>Autre indicateur de la g&eacute;n&eacute;ralisation de la pauvret&eacute; en RD Congo, la desserte en eau potable et en &eacute;lectricit&eacute;. Depuis bient&ocirc;t deux mois, la situation est en train de d&eacute;raper dangereusement, les deux soci&eacute;t&eacute;s publiques, la R&eacute;gideso pour l&rsquo;eau et la SNEL pour l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, accusant d&rsquo;une m&ecirc;me et seule voix le niveau des eaux du fleuve et de ses affluents &ndash; le fameux &eacute;tiage &ndash; du fait de la petite saison s&egrave;che qui frappe la RDC depuis plusieurs semaines, ensablant d&rsquo;une part les usines de captage et de pompage d&rsquo;eau et, de l&rsquo;autre, les turbines des barrages d&rsquo;Inga en aval du fleuve Congo. Une situation qui ne dessert pas que les m&eacute;nages. Des usines, &eacute;coles comme h&ocirc;pitaux sont &eacute;galement log&eacute;s &agrave; la m&ecirc;me enseigne.<\/p>\n<p>Jouissant d&rsquo;un monopole que rien ne justifie, la soci&eacute;t&eacute; nationale de production et de distribution de courant n&rsquo;a que ses yeux pour pleurer l&rsquo;incurie qui s&rsquo;est install&eacute;e dans ce domaine et dont elle devrait &ecirc;tre comptable depuis plusieurs ann&eacute;es de mauvaise gestion et d&rsquo;impunit&eacute;. De guerre lasse, elle a pourtant averti la semaine derni&egrave;re&nbsp; qu&rsquo;elle allait r&eacute;duire de &laquo;&nbsp;pr&egrave;s de la moiti&eacute;&nbsp;&raquo; sa production si la baisse du niveau des eaux du fleuve Congo continuait.<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;Si la tendance actuelle en pluviom&eacute;trie ne s&rsquo;am&eacute;liore pas, la Soci&eacute;t&eacute; nationale d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; sera contrainte de limiter le fonctionnement de ses machines&nbsp;&raquo;, a d&eacute;clar&eacute; &agrave; l&rsquo;AFP M&eacute;dard Kitakani, porte-parole de la soci&eacute;t&eacute;. Avant d&rsquo;ajouter&nbsp;: &laquo;&nbsp;La perte de production pourrait se situer entre 350 et 400 m&eacute;gawatts alors que la production actuelle oscille autour de 900 m&eacute;gawatts&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>S&rsquo;agissant des causes &agrave; la base de cette situation, C&eacute;dric Tshumbu en charge de la surveillance et de l&rsquo;entretien des cours d&rsquo;eau&nbsp; a expliqu&eacute;&nbsp;: &laquo;&nbsp;Dans l&rsquo;ensemble du r&eacute;seau, il a &eacute;t&eacute; enregistr&eacute; un d&eacute;ficit de pluviom&eacute;trie en amont de Kinshasa avec comme cons&eacute;quence des eaux qui ont baiss&eacute; de moiti&eacute; compar&eacute; &agrave; la m&ecirc;me p&eacute;riode l&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>On croit r&ecirc;ver du fait que, brusquement, tout, &agrave; la Snel d&eacute;pende de la m&eacute;t&eacute;o. En r&eacute;alit&eacute;, les d&eacute;ficits structurels dont souffre la RDC dans le secteur de la desserte en &eacute;nergie &eacute;lectrique ne datent pas d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Le pays est m&ecirc;me class&eacute; parmi les &Eacute;tats africains disposant d&rsquo;un faible taux de desserte en &eacute;lectricit&eacute; qui varie entre 9 et 15% pour ses 70 millions d&rsquo;habitants, malgr&eacute; un important potentiel hydro&eacute;lectrique.<\/p>\n<p>Selon les donn&eacute;es du minist&egrave;re de l&rsquo;&eacute;nergie, le d&eacute;ficit sur le r&eacute;seau Ouest (Kinshasa et Bas-Congo) &eacute;tait globalement de <strong>600 MW<\/strong> en 2013 et <strong>850 MW<\/strong> en2014&nbsp;; de <strong>355 MW<\/strong> en 2013 et <strong>500 MW<\/strong> en 2014 pour le Katanga, alors que la demande pour la seule industrie mini&egrave;re &eacute;tait de <strong>757 MW contre<\/strong> <strong>150 MW pour les autres consommateurs. La m&ecirc;me source estimait la <\/strong>demande globale &agrave; l&rsquo;horizon 2020 &agrave; <strong>4.000 MW<\/strong> et &agrave; <strong>6.000 MW &agrave; l&rsquo;horizon 2030.<\/strong><\/p>\n<p>Sur les 9% de la population de la RDC ayant acc&egrave;s au courant &eacute;lectrique, seuls 44% des Kinois en sont b&eacute;n&eacute;ficiaires, ce qui repousse bien loin la situation dans les provinces. En octobre 2015 &agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;examen du projet de loi sur le secteur de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, les &eacute;lus avaient jug&eacute; cette situation insupportable et surtout paradoxale d&egrave;s lors que l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; est un facteur majeur du d&eacute;veloppement. Pour eux, il fallait modifier urgemment le cadre l&eacute;gislatif et de gestion du secteur afin de permettre au plus grand nombre de Congolais d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; une &eacute;nergie &eacute;lectrique abondante et de qualit&eacute;. La loi avait ainsi opt&eacute; pour la lib&eacute;ralisation du secteur de l&rsquo;&eacute;nergie doubl&eacute;e d&rsquo;une r&eacute;partition des comp&eacute;tences entre le pouvoir central et les entit&eacute;s d&eacute;centralis&eacute;es. La loi recommandait aussi l&rsquo;&eacute;rection de tout site hydro&eacute;lectrique en site d&rsquo;utilit&eacute; publique inali&eacute;nable. Elle soulignait l&rsquo;obligation de protection de l&rsquo;environnement pour tout projet de d&eacute;veloppement dans le secteur, mais aussi celle de l&rsquo;op&eacute;rateur et du consommateur.<\/p>\n<p>Force est malheureusement de constater que depuis l&rsquo;adoption de cette loi, le monopole persiste toujours dans le chef de la SNEL pour des raisons qui n&rsquo;ont toujours pas &eacute;t&eacute; pr&eacute;cis&eacute;es, alors que plusieurs investisseurs frappent &agrave; la porte de l&rsquo;immense gisement hydro&eacute;lectrique congolais. Depuis, le gouvernement n&rsquo;a pas non plus rien mis en &oelig;uvre pour promouvoir les &eacute;nergies alternatives et &agrave; moindre co&ucirc;t comme l&rsquo;&eacute;olienne et le solaire, notamment par des mesures d&rsquo;incitation fiscale. Du coup, on peut estimer que la fin des coupures et des d&eacute;lestages intempestifs, ce n&rsquo;est assur&eacute;ment pas pour demain.<\/p>\n<p>Jean KENGE MUKENGESHAYI<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La situation politique et s&eacute;curitaire en r&eacute;publique d&eacute;mocratique du Congo est si pr&eacute;occupante que beaucoup d&rsquo;observateurs ont parfois tendance &agrave; penser qu&rsquo;elle devrait &ecirc;tre le seul sujet de&nbsp; mobilisation g&eacute;n&eacute;rale&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6241,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[40,94],"tags":[],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6244"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6244"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6244\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6241"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6244"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6244"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.congoresearchgroup.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6244"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}