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Conflit violent
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Kamerhe, la carte de Tshisekedi pour résoudre la question sécuritaire à l’Est ?

« Si réellement vous êtes des Congolais comme nous autres, déposez les armes. Vos problèmes, on les verra après que vous ayez déposé les armes ». C’est par ces mots que Vital Kamerhe a appelé, le 12 septembre à Goma, le Mouvement du 23 mars (M23) à déposer les armes et à se retirer de la cité-frontière de Bunagana qu’il occupe depuis trois mois. 

Kamerhe poursuit sa tournée dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Maniema. Il affirme être dans une mission pour la paix. Parviendra-il à donner un nouveau souffle aux efforts de pacification dans l’est de la RDC ? 

Bonjour et bienvenue dans ce 29e épisode de la saison 2 de Po Na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Reagan Miviri, chercheur sur la violence à Ebuteli, partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New-York. Nous sommes le vendredi 16 septembre.

Kamerhe, l’ancien directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi qui avait été condamné pour détournement de fonds publics avant d’être acquitté, revient sur le devant de la scène avec la question sécuritaire à l’Est. Dans l’entourage du président Tshisekedi, personne ne peut se targuer d’avoir une meilleure connaissance de l’Est que Kamerhe. Il a été impliqué dans presque tous les processus de paix depuis le début des années 2000. On se souviendra aussi de ses positions assumées contre les opérations rwandaises en RDC, une des raisons de sa rupture avec l’ancien président Joseph Kabila en mars 2009.

Aujourd’hui, sa maîtrise du contexte et des acteurs pertinents dans les dynamiques des conflits dans l’est du pays pourrait être un atout pour le gouvernement. Cependant, pour l’instant, Kamerhe  n’a aucun rôle officiel et il est difficile de savoir à quel titre il effectue sa tournée. Au-delà de son parti, l’Union pour la nation congolaise (UNC), certains partis de l’Union sacrée de la nation (USN) ont mobilisé leurs militants pour son accueil et ses meetings. Ce qui ajoute de la confusion autour de son statut pendant cette tournée.

Depuis quelques semaines, Kamerhe lorgne le poste de Premier ministre. Mais avant, il faudra convaincre les réticents : une partie de la classe politique pense que la primature devrait toujours revenir à un Katangais et certains proches du président de la République n’ont pas beaucoup confiance en Kamerhe. 

Selon Jeune Afrique, ce dernier aurait exprimé ses ambitions au président Tshisekedi, qui lui aurait promis un poste de premier plan sans plus de précisions. La tournée en cours serait donc un test politique pour savoir ce qu’il représente encore comme poids politique. 

Au cours de ses meetings à Goma, Masisi et Rutshuru, il a préconisé que le gouvernement mette des moyens conséquents à la disposition des FARDC pour qu’elles reprennent Bunagana. Il a aussi fustigé l’inefficacité de la Monusco face au M23. 

Entre-temps, Kamerhe ne semble pas proposer une nouvelle stratégie pour résoudre les conflits dans l’Est. À Bukavu, il a présenté dans des termes généraux un plan avec volets  militaire, politique et diplomatique pour le retour de la paix. Sans beaucoup plus de détails, il est difficile de juger de sa pertinence et d’en entrevoir les actions concrètes.

Pour celui qui doit prouver son utilité envers le président et faire oublier ses déboires judiciaires, l’urgence politique serait de trouver des solutions rapides à la question sécuritaire pour espérer gagner l’électorat de l’Est pour qui ce sujet là est prioritaire. 

L’apport de Kamerhe dans la sécurisation de l’Est risque d’être limité étant donné que la motivation semble être d’abord politique, à une année des élections. En lieu et place des solutions pérennes, la stratégie risque d’être à court terme, limitée aux négociations et à un processus DDR qui offriraient aux combattants quelques avantages en échange de déposer les armes. Pourtant, l’histoire récente a montré que ces démarches cosmétiques ne marchent que pendant un temps. Après, la violence reprend. 

En attendant de voir les retombées de cette tournée, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC » ou « Ebuteli » au +243 894 110 542 pour recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre téléphone. À bientôt !

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